E-santé : une lenteur de déploiement inquiétante.

  E-administration, Open Data

esante

La lenteur du déploiement de la e- Santé en France devient inquiétante, alors que les impératifs économiques sont déjà là. La digitalisation de la santé est pourtant certainement l’une des solutions les plus radicales à cette hémorragie financière persistante, et qui ne peut que s’aggraver dans les années à venir. 

 

 

Cette révolution digitale, ici encore, est une fabuleuse opportunité pour résoudre l’un des enjeux majeurs, au même titre que l’éducation, auxquels le pays est confronté. Il fallait le savoir, il reste à le vouloir.

Et si soudain les Barbares faisaient imploser nos si chers systèmes de santé qui peinent tant à se réinventer ? Révolution venue de l’extérieur sous la pression d’intérêts économiques majeurs, à cause d’inerties fautives.

En France, c’est actuellement un monde de 220 milliards – 3 fois le budget de l’Education nationale – où 64 % des dépenses sont consommées par 7 % de la population. Ces 11,8 % du PIB, financés à 77 % par l’assurance maladie, progressent chaque année plus rapidement que ce dernier. Son déficit – plus de 6 milliards – devrait doubler d’ici à 2020. Reste à trouver le remède de cheval. Le digital en est un. Si le patient l’accepte. Gilles Babinet, “Digital Champion” français auprès de la Commission européenne, est sceptique : “Numérique : la fin du système de santé publique.” Mais ce nouveau monde risque de se faire sans la France. En cause : “[…] nos politiques de santé, le conservatisme inexplicable des régulateurs à l’égard des possibilités d’usage des données médicales […].”

De la médecine curative à la médecine préventive

Ce tsunami n’épargne rien, bousculant les habitudes, déplaçant surtout violemment le curseur de la médecine curative vers la médecine préventive grâce à un impressionnant ensemble de données, de capteurs et d’indicateurs. Le smartphone va devenir un formidable auxiliaire de santé.

Imagerie médicale et suivi à distance des patients

Deux avancées potentielles permettraient d’y mettre un garrot, selon Didier Tabuteau, responsable de la chaire Santé à Sciences-Po : “Le domaine largement le plus avancé est celui de l’imagerie médicale permettant l’envoi du cabinet du radiologue à l’hôpital ou à celui du médecin. Cela permet de gagner un temps considérable, avec une puissance thérapeutique remarquable notamment dans le domaine chirurgical. Ensuite le suivi à distance des patients notamment atteints de maladies chroniques grâce à la télémédecine permet des avancées très importantes. On assiste à de nombreuses initiatives dans ce domaine de consultation à distance, ce qui permet de remédier aux déserts médicaux.”

D’ores et déjà, le suivi à distance des patients par le biais de la télémédecine permettrait d’économiser des myriades de journées d’hospitalisation. Ainsi, le CHU de Nîmes l’utilise pour que certains généralistes puissent bénéficier à distance du conseil de spécialistes. Mais comme le souligne le livre blanc de Syntec sur ce domaine : “Actuellement, en France, les premières prises en charge de solutions et services de télésuivi en cardiologie et dans le respiratoire sont encore peu développées. Elles sont très polarisées sur du “device management” (remontée d’alertes sur des matériels communiquants ou monitorage de l’observance aux dispositifs) et n’intègrent pas de véritable démarche de “patient management”.

Le trésor (inexploité) de la donnée médicale

Avec des conséquences sans comparaison, la médecine prédictive et la génomique personnelle vont bouleverser la donne. Ainsi le décodage du génome, passé de 10 000 dollars à 1 000, n’en coûtera bientôt plus que 100. Les milliards d’informations gérées par l’assurance maladie, même anonymisées, constituent un trésor peu accessible aux chercheurs. Nous sommes les champions mondiaux des données médicales. Le système national d’information inter-régimes d’assurance maladie regroupe les données de santé et de consommation médicale d’un peu plus de 60 millions d’individus. Chaque année, 1,2 milliard de feuilles de soin sont traitées dans l’une des plus vastes bases mondiales à laquelle seule l’assurance maladie a accès. Trésor inexploité. La sécurisation excessive des données est à ranger dans le même tiroir que celui d’un principe de précaution surdosé. Les fichiers médicaux ne sont pas vraiment exploités.

Le politique en panne, la France en retard

Aussi, dans ces domaines naissants, la France accuse-t-elle un inquiétant retard. Pour plusieurs raisons : cette organisation si compartimentée du secteur de la santé – hôpitaux, médecine de ville, généralistes/spécialistes –, sans compter un véritable tabou, ce blocage psychologique concernant les données médicales individuelles comme l’a prouvé l’échec récurrent sur 15 ans du dossier médical personnel. Véritable “Titanic”de l’informatisation des données médicales des Français. En outre, les données c’est le pouvoir, voilà ce qui explique ces rétentions qui freinent la mise en œuvre de solutions permettant de mesurer l’efficience du corps médical. Ces outils digitaux sont très précieux mais se heurtent aux réticences des praticiens qui voient soudain l’efficience de leurs actes mesurée. Mieux : les évolutions indispensables des métiers percutent les qualifications, chamboulent les compétences traditionnelles. Exigeant des infirmières spécialisées de très haut niveau, des doubles compétences.

Le plus formidable gisement d’économies est bien le chantier de la digitalisation de la santé. Il suppose tant de remises en cause, d’abandon d’habitudes, de remises à plat des organisations, de compétences nouvelles que seule une forte impulsion du politique pourra faire évoluer la situation.

 

Source : Village de la Justice : e-Santé : les technologies sont là, les mentalités pas encore

Photo : Google images

Mots-clefs : , ,